C’est une question qui revient constamment dans mes conversations avec des collègues ou des professionnels que je côtoie : “Comment fais-tu pour suivre toute l’actualité technologique ? Entre l’IA, la domotique, les nouvelles pratiques de programmation… le volume d’information est vertigineux.” Leur surprise grandit quand j’ajoute que je suis plus de 500 sources différentes, allant de blogs techniques pointus à la géopolitique. L’hypothèse est toujours la même : “Ça doit te prendre un temps fou.”
La réalité, c’est que l’ensemble de ma veille me prend rarement plus d’une heure par jour. Le secret n’est pas le temps, mais le système.
Le véritable problème n’est pas le manque d’information, mais l’excès de bruit. Nous sommes nombreux à nous reposer sur les algorithmes des réseaux sociaux pour notre veille, sans réaliser qu’ils sont optimisés pour notre engagement, pas pour notre apprentissage. Ils nous maintiennent en surface, dans une illusion de connaissance qui nous empêche de construire une expertise profonde.
Cet article est le premier d’un dossier où je vais vous présenter la philosophie et la structure du système que j’ai bâti au fil des années. Un système conçu pour une seule chose : reprendre le contrôle et transformer le chaos informationnel en un processus maîtrisé et intentionnel.
Le piège de la consommation passive : L’illusion de s’informer sur les réseaux sociaux
Nous connaissons tous ce réflexe. Une pause entre deux réunions, un moment d’attente, et nous ouvrons LinkedIn ou X pour faire défiler un flux d’actualités. En survolant quelques titres, nous nous donnons l’impression d’être productifs, de “faire notre veille”.
Le problème, c’est que cette sensation est une illusion. Les algorithmes de ces plateformes ne sont pas conçus pour notre éducation, mais pour capter notre attention. Leur unique objectif est de nous présenter du contenu qui maximise l’engagement : des informations courtes, simplifiées à l’extrême, parfois polémiques, mais rarement profondes.
Le résultat est une “consommation de surface”, l’équivalent informationnel d’un régime à base de malbouffe. On se sent temporairement rassasié, mais on souffre de malnutrition intellectuelle, finissant par revoir sans cesse les mêmes concepts génériques sans jamais descendre dans la complexité.
Pour un architecte, cette superficialité est dangereuse. Notre rôle exige une expertise en “T” : une base de connaissances large, mais surtout la capacité de plonger en profondeur sur des sujets critiques. En nous cantonnant à la barre horizontale du T, les algorithmes nous transforment en commentateurs, là où notre rôle est d’être des bâtisseurs.
Reprendre le contrôle : Devenir le curateur de son propre flux d’information
Face à ce constat, la solution n’est pas de consommer plus, mais de consommer mieux. C’est un changement de mentalité fondamental : passer du statut de consommateur passif, subissant un flux, à celui de curateur actif qui bâtit son propre environnement d’information.
Reprendre le contrôle, c’est décider intentionnellement de chaque source qui mérite votre attention. Oubliez les flux infinis et commencez à sélectionner activement les blogs d’experts, les newsletters spécialisées et les chaînes techniques qui vous font réellement progresser. Chaque source doit être un choix délibéré, pas une suggestion d’algorithme.
La première étape concrète de ce système est donc de centraliser ces sources de haute qualité en un seul endroit. L’objectif est de créer un goulot d’étranglement volontaire, un espace unique qui ne contient que le signal, débarrassé du bruit et des distractions des plateformes sociales.
Le triage intelligent : Déléguer la charge cognitive à une IA personnelle
Centraliser 500 sources est une chose, mais comment les traiter chaque jour sans y consacrer des heures ? La force brute n’est pas une option. La solution est de déléguer intelligemment la charge cognitive.
C’est ici que l’intelligence artificielle entre en jeu, non pas comme un gadget, mais comme un assistant personnel sur-mesure. Le principe est simple : vous lui apprenez à reconnaître ce qui est pertinent pour vous. En analysant les articles que vous lisez et ceux que vous ignorez, l’IA construit un modèle de vos intérêts et l’utilise pour pré-filtrer le bruit.
Dans mon système, ce filtre est d’une efficacité redoutable. Chaque jour, jusqu’à 75% des nouveaux éléments sont automatiquement écartés avant même que je ne les voie. Ils ne correspondent pas à mes centres d’intérêt, sont redondants ou simplement de faible qualité.
Ce qui reste ? Uniquement le signal. Ma revue quotidienne se transforme alors en un sprint de triage de 15 à 20 minutes. Mon rôle n’est pas de lire, mais de décider. Chaque article ou vidéo jugé pertinent est immédiatement envoyé vers sa destination finale — Kindle, générateur de podcast, lecteur vidéo — pour une consultation ultérieure. Cette séparation est cruciale : elle crée un second filtre naturel qui contre l’attrait impulsif de la nouveauté.
La consommation optimisée : Le bon contenu, sur le bon support, au bon moment
Une information triée n’est pas encore une connaissance acquise. L’erreur la plus commune est de consommer ce contenu de valeur dans un environnement qui ne s’y prête pas. Lire un article technique de fond sur un smartphone entre deux notifications est le meilleur moyen de n’en retenir que des fragments.
La dernière étape de mon système consiste donc à acheminer chaque type de contenu vers un canal de consommation dédié, optimisé pour l’apprentissage et non pour la distraction.
Pour les articles longs, la destination est ma Kindle. Chaque jour, les textes que j’ai sélectionnés sont compilés et envoyés sous la forme d’un magazine personnel. La Kindle est un outil mono-tâche, sans distraction, conçu pour la lecture profonde. L’expérience est radicalement différente : le contexte favorise la concentration et, par conséquent, la mémorisation.
Certains articles se prêtent mieux à l’écoute. Ils sont envoyés vers un service qui les transforme en podcasts privés. Cela me permet de consommer de l’information pendant des temps autrement “perdus” : un trajet en voiture, une séance de sport, une marche. C’est un gain de productivité net qui ne demande aucun temps supplémentaire dans mon agenda.
Enfin, les vidéos techniques ou les conférences ne sont jamais visionnées sur YouTube. Elles sont envoyées vers une application dédiée qui les isole du bruit algorithmique, des publicités et des suggestions sans fin. Quand j’ouvre cette application, je ne vois que la liste des vidéos que j’ai intentionnellement choisies. C’est un environnement de visionnage maîtrisé, pas une spirale à engagement.
Un système, pas une simple astuce
Le système que je viens de décrire n’est pas une simple collection de conseils de productivité. C’est une approche globale, une philosophie pour interagir avec l’information de manière intentionnelle.
Cet article a posé les fondations : le “pourquoi” derrière cette démarche. Mais mon objectif n’est pas seulement de vous inspirer, il est aussi de vous donner les outils pour construire votre propre version de ce système.
C’est pourquoi cet article est le premier d’un dossier complet. Dans les semaines à venir, nous passerons de la théorie à la pratique pour assembler cette machine ensemble, brique par brique.
Devenez l’architecte de votre système de veille
Cette semaine, je vous propose un exercice concret pour commencer à bâtir les fondations de votre futur système de veille.
La prochaine fois qu’un contenu vous interpelle réellement — un article de fond, une vidéo technique pertinente — ne vous contentez pas de passer au suivant. Adoptez une posture de recherchiste :
- Quelle est la source ? L’auteur a-t-il un blog personnel avec d’autres articles de cette qualité ? Cette chaîne YouTube publie-t-elle régulièrement sur des sujets qui vous font progresser ?
- Si la réponse est oui, ajoutez cette source (l’URL du blog, de la chaîne, etc.) à une simple liste.
L’objectif n’est pas encore de tout lire, mais de commencer à construire le catalogue des sources de haute qualité qui alimenteront votre système. C’est la première brique.
Conclusion
Cessez de laisser les algorithmes dicter ce que vous devriez savoir en surface. Le véritable architecte de votre expertise, c’est vous, et l’outil est le système que vous bâtissez à partir de sources que vous choisissez intentionnellement. C’est la seule façon de construire une connaissance profonde et ciblée, brique par brique.